Introduction sur la situation de l’apprentissage musical en Chine

Je suis né à Shanghaï, Chine en 1986. J’ai commencé mon parcours musical à l’âge de 11 ans, en 1997 en tant qu’amateur. En 2005, je suis rentré au Conservatoire de Shanghaï où j’ai choisi d’être un musicien professionnel. En 2007, je suis venu en France pour continuer mes études musicales jusqu’à aujourd’hui. Dans cette introduction, je voudrai vous parler de ma vision personnelle sur la situation de l’apprentissage musical en Chine, et plus précisément à Shanghaï.

Moyens d’apprentissage musical

 

Pour débuter la musique en Chine, il existe plusieurs possibilités mais assez différentes de celles qui existent en France. Puisque les conservatoires sont réservés aux élèves de haut niveau et ne proposent que les études supérieures, le cours particulier est le moyen le plus utilisé par les parents pour faire débuter leur enfant. À part cela, les enfants apprennent aussi dans leur école (collège, lycée), dans un magasin de musique ou au « palais des enfants » qui propose de nombreux cours sur les différents arts.

 

Les cours particuliers se déroule la plupart du temps chez les professeurs. Ce sont des professeurs du conservatoire, des élèves du conservatoire, des professeurs de musique dans un collège ou lycée, des musiciens interprètes dans les orchestres…

 

Différents magasins de musique ou associations proposent également des cours de musique. Ce sont toujours des cours particuliers mais il peut y avoir des petites auditions ou des spectacles durant l’année. La réputation de l’établissement joue un rôle important pour les parents. Dans le Conservatoire de Shanghaï, il existe un département des formations pour les amateurs qui est assez réputé grâce à la qualité de l’apprentissage. Ce sont les grands élèves du conservatoire qui y enseignent.

 

Le « palais des enfants » est un établissement qui a été créé dans les années 30 avec une forte politique d’origine soviétique. Le but est d’apprendre aux enfants la musique, une langue étrangère, de l’informatique et du sport en dehors de l’école. Il prend un nouvel essor dans les année 70,80 mais aujourd’hui il perd peu à peu sa place dans la vie culturelle des enfants car la qualité des cours de musique n’est pas très élevée. Il reste tout de même un lieu possible pour débuter la musique. Pour ces moyens d’apprentissage, le rythme est souvent d’un cours individuel d’une heure par semaine.

 

Comme dans certains autres pays asiatiques, les pratiques musicales (instrumentale ou vocale) à l’école prennent une place considérable dans l’éducation nationale. La chorale, l’orchestre d’harmonie voire l’orchestre symphonique apparaissent dans de nombreux collèges et lycées. Les élèves essaient différents instrument et choisissent leur propre instrument avec les professeurs de chaque discipline. Une fois l’instrument choisi, les élèves ont des cours collectifs de 1h30 à 2h en partiel, puis une répétition de 2h en tutti. Cela intéresse énormément les élèves ainsi que les parents car l’expérience de pratiques collectives développe de nombreux éléments comme la concentration, l’organisation, l’esprit de groupe chez les enfants qui les aideront dans leur scolarisation et aussi dans leur socialisation. Il faut aussi préciser qu’il y a un établissement spécifique dans l’enseignement secondaire pour la musique à Shanghaï. Il s’agit du lycée annexe du conservatoire de Shanghaï. Là-bas, les élèves reçoivent une formation pré-professionnelle exigeante. Le niveau de la pratique instrumentale et théorique est très élevé.

 

Après le baccalauréat, vous avez enfin la possibilité de choisir la musique comme métier et d’obtenir un diplôme supérieur dans la musique. À ce moment là, il existe plusieurs options : le conservatoire (interprète, musicologie ou pédagogie en licence, master, doctorat), l’université avec un département de musique (interprète en licence) ou une formation professionnelle (interprète en bac+2). Il faut préciser que ces différentes voies n’ont pas la même qualité d’enseignement et n’ont donc pas la même reconnaissance. Pour accéder à ces établissements, il faut passer un concours d’entrée d’instrument et de théorie. Le concours est souvent composé de deux tours (premier tour gammes et études, puis second tour les morceaux et déchiffrage) plus une épreuve d’écrit et d’oral. Mais l’étape la plus importante est différente de celle pratiquée en France : il s’agit de la préparation au concours. Il est presque obligatoire de prendre des cours particuliers avec le professeur d’établissement pour pouvoir avoir plus de chance pour rentrer. Donc l’investissement est à la fois personnel (beaucoup de travail instrumental et théorique puisque la plupart des élèves n’ont pas un niveau instrumental suffisant et ne pratiquent la théorie que pour le concours d’entrée) et économique (beaucoup de cours particuliers avec coût horaire très élevé).

 

Motivations de l’apprentissage musical

 

Dans la tradition chinoise antique, la musique, le jeu de dames chinois, la calligraphie et la peinture sont les 4 vertus qui permettent de juger de la culture d’une personne. La pratique d’une activité artistique est considérée comme élégant et noble. Les instruments traditionnels chinois étaient les plus pratiqués jusqu’à peu. Mais petit à petit, dans les années 40, les instruments occidentaux commencent à se développer. D’abord le piano, les cordes, puis les bois et les cuivres. Au conservatoire de Shanghaï, la classe de saxophone n’ouvre ses portes qu’en 1993. Je me souviens encore que quand je commençais le saxophone en 1997, cet instrument était peu pratiqué. À cette époque, il n’y avait presque que des saxophones de marque chinoise. J’ai eu la chance de débuter avec un Yamaha. Comme beaucoup d’enfants, je n’ai pas choisi mon activité mais heureusement j’étais très attiré par le saxophone et j’étais vraiment motivé pour travailler tout seul pour progresser. Je pense que cela est grâce à la qualité de mon instrument et surtout au choix de professeur : j’ai suivi des cours particuliers dès le début avec M. Hong, le professeur du conservatoire de Shanghaï.

 

Le charme de la musique instrumentale occidentale attire aujourd’hui énormément les parents. Ils ne sont pas forcement musiciens et n’ont peut être pas eu l’occasion d’apprendre la musique quand ils étaient jeunes. Ils cherchent à réaliser leurs rêves au travers leurs enfants. En même temps, la musique populaire et le jazz commencent à se populariser en Chine dans les années 80.

 

Il existe également d’autres motivations pour faire de la musique. Avant d’expliquer cela, il faut comprendre le système d’éducation nationale en Chine : comme en France, il y a l’école primaire, le collège, le lycée et l’université dans le parcours d’éducation. Mais nous avons deux concours d’entrée très importants pour passer du collège au lycée et du lycée à l’université. Les élèves qui ont les meilleures notes rentrent dans les écoles les plus réputées et reçoivent la meilleure éducation. Mais en quoi cela concerne la musique? Comme nous l’avons mentionné plus haut, les établissements ont souvent des orchestres et ont besoin de bons élèves musiciens pour avoir un meilleur niveau. Les écoles recrutent donc toutes les années de bons musiciens avec une exigence plus souple sur leurs notes d’examen. De ce fait, ceci crée un marché de cours particuliers tout comme celui du concours d’entrée du conservatoire afin d’être au niveau instrumentalement.

 

L’évaluation

 

Puisque la plupart des élèves apprennent la musique par le biais de cours particuliers, cours collectifs à l’école et orchestre d’harmonie, l’évaluation se passe à l’extérieur. Il existe des concours municipaux, régionaux ou durant des festivals. Il s’agit bien sûr d’un moyen de valoriser son travail et d’une expérience exceptionnelle de pouvoir jouer dans une belle salle pour les gagnants. Mais après tout, cela ne valorise qu’une petite partie des élèves.

 

Le « concours de reconnaissance de niveau artistique » touche une plus grande masse de personnes. Ce concours concerne la musique, la danse et les beaux-arts. Il est proposé par différents établissements comme les grands conservatoires et les associations des musiciens. Les niveaux vont de 1 à 10 (certains établissements proposent le niveau soliste comme le plus élevé). La difficulté des morceaux évolue en fonction du nombre années. Par exemple, aujourd’hui pour le saxophone, nous trouvons la « Rhapsodie » de Debussy, le « Concerto en mib» de Glazounov et le « Concertino da camera » de Ibert dans la liste des morceaux. On peut noter que globalement, les morceaux sont beaucoup trop difficiles pour les niveaux proposés.

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